Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
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mercredi 18 juin 2014

Jouer au tetris toute la journée

QUATRE ANECDOTES SUR LES ECRIVAINS POUR ILLUSTRER MON PROBLEME 
1. Un intervieweur a un jour demandé à l'essayiste Dalton Tiergard ce qu'il détestait le plus dans le métier d'écrivain. Sans une seconde d'hésitation, il a répondu: "Ecrire". 
2. L'écrivain français du XIXème siècle Jean-Jacques Plachet désespérait tellement de ne jamais finir son roman Les Femmes laides qu'il a chargé un fusil de chasse et s'est tiré une balle dans le pied droit. Ainsi immobilisé à son bureau, il a été en mesure de terminer son chef-d'œuvre. 
3. Les nouvelles qui ont rendu célèbre l'écrivain écossais Hamish Baird ont toutes été écrites sur une période de six ans, après quoi Baird a pris un job d'égoutier à Glasgow. Il a déclaré que sa seconde carrière était un soulagement bienvenu après les affres de l'écriture. 
4. La romancière américaine Amy Abbott McNicholas trouvait qu'écrire était si difficile que chaque matin elle exigeait que sa servante enferme tous les pots de chambre de la maison et les tienne sous clef jusqu'à ce que sa maîtresse lui présente dix pages de prose. McNicholas est morte d'une infection de la vessie. 
Quand on pense aux grands écrivains, écrire un roman semble une activité extrêmement romantique. On voit F.Scott Fitzgerald, une brise de la Côte d'Azur gonflant ses rideaux et la rumeur de la rue de Cap-d'Antibes hachée par le cliquetis de sa machine à écrire, tailler en pièces les riches et rêver du passé. Ou Hemingway, dans la chaleur de l'après-midi d'un hôtel de Pampelune, tandis que les toreros font la sieste et que des gouttes d'eau perlent sur une bouteille de kirsch. Ou Joyce, plissant ses yeux irlandais en bille de loto en mariant sa formation classique et son imagination gaélique pour créer des rythmes évocateurs et un langage dense et englobant. 
Même les écrivains de moindre calibre semblent glamour. Un quelconque scribouillard qui se chauffe avec des brindilles dans une pension miteuse du deuxième arrondissement et trempe sa plume d'oie dans un pot d'encre. Ou un mince trentenaire à côté de ses pompes, qui prend une année de disponibilité de son boulot de conseiller en marketing alternatif pour aller s'asseoir dans un jardin public de Vancouver ou de Park Slope et taper sur son PowerBook un constat ironique mais tendre sur les paradoxes de l'hypermodernité. 
On se fait des illusions. Ecrire un roman est une activité pitoyable et assommante. N'importe quel individu doté d'un minimum de sens commun détestera ça. C'est presque aussi monotone que de jouer au Tetris toute la journée. 

Voici un livre sur l'écriture.
Qui se paie le luxe d'être drôle - le mot est faible. 
Mais qui n'en pose pas moins de vraies questions. En particulier celle-ci: y a-t-il une recette pour écrire un best-seller? 
Le personnage du livre de Steve Hely, Pete Tarslaw, pense que oui, en particulier pour quelqu'un comme lui, qui a de réelles facilités d'écriture et les gâche à des tâches de rewriting pour de la correspondance administrative. Il décide donc de mettre au point la recette en question. Puis de l'appliquer. Il faut dire qu'au départ, il a l'essentiel: il est motivé. Certes on peut s'interroger sur la qualité de sa motivation, quelque peu discutable - mais au moins il en a une et elle semble être solide puisqu'il n'en démord pas. 
Les aventures de Pete, écrivain débutant, ses pérégrinations personnelles et professionnelles, entre errances sentimentales et hygiène de vie passablement douteuse, sont à l'origine de rebondissements divers qui font de ce livre un vrai régal quand on est en mal d'éclats de rire. Tout y est, y compris la critique littéraire par le marché (par un analyste qui aurait dû faire un détour par un petit cours d'économie, ce qui lui aurait permis de comprendre que les phénomènes peuvent aussi s'envisager sur le long terme!). On peut supposer que le livre n'a aucune prétention à décrire la réalité mais sous couvert d'amusement il n'en suscite pas moins la réflexion.  
Et le tetris est une bonne métaphore pour l'écriture d'un roman... laisser quelques espaces vides par-ci par-là ne pose pas de problème - si on a la possibilité de les remplir dans un second temps. 

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