Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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samedi 8 septembre 2018

Une chose lue

En lisant cette partie du livre, Wendy comprit ce que Frankie avait ressenti cette nuit-là. Elle savait aussi que c'était derrière elle désormais. Que, pareil aux petites pointes vertes qui perçaient le noir d'un versant de montagne carbonisé sur la route du Monde du cactus de Harvey - ou peut-être même pas encore des pointes de vert, juste une ombre de couleur -, quelque chose commençait à renaître en elle. La terre reprenait forme; la couleur revenait. Elle n'était pas moins triste, de fait elle l'était peut-être davantage. Mais elle revivait. 
Wendy avala une nouvelle gorgée de son Coca et ouvrit l'emballage du chocolat. Elle n'avait progressé que d'une page dans l'histoire, mais tout d'un coup un an s'était écoulé, et Frankie avait treize ans. Elle avait une amie désormais: Mary. Toutes deux projetaient de faire le tour du monde quand elles seraient plus grandes. 

Wendy se réjouit de voir que la situation semblait s'améliorer pour Frankie. Presque comme si la nouvelle amie de Frankie et ses projets de grand voyage auguraient qu'un avenir prometteur l'attendait peut-être elle aussi. 
Tandis qu'elle dévorait les dernières pages, une chose la troublait pourtant: où était passé le petit garçon? Où était John Henry, celui qui lui rappelait Louie? Une jeune fille de treize ans n'avait sûrement aucune envie de traîner avec un petit garçon, ni de jouer sans arrêt aux cartes, comme elle le faisait quand elle était petite, pas plus que Wendy n'avait encore envie de jouer à Candyland avec Louie. Mais quelque chose dans le dénouement des dernières pages la remplissait d'effroi. 

Puis elle sut pourquoi on n'avait plus de nouvelles de Harry. A un moment, elle lisait que John Henry avait eu mal à la tête l'année précédente. Quatre phrases plus tard, il était mort. 


Wendy était pétrifiée. Elle ignorait qu'une chose lue pouvait la faire autant souffrir. Elle relut le passage, au cas où elle aurait mal compris. C'était comme si une personne qu'elle connaissait vraiment était morte et, tout comme pour quelqu'un qu'elle aurait connu, elle sentit ses larmes couler. 

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