Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
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samedi 30 juin 2012

Ma broderie à moi

23 août (1944)
Endormie au son du canon, éveillée au son du canon, déjeuné au son du canon. Vision inoubliable, échevelée, celle de ce Paris un peu jacobin de 93, que je ne parvenais jamais à évoquer! Trois cents chars, dans la ville, virent, tournent et tirent sans arrêt. Aux Batignolles, le garage Citroën pris par les FFI tient toujours, sous le feu des chars allemands. Les Français, rampant au sol, ripostent à la mitraillette, au revolver, à la grenade: "Ah! Si on avait seulement les armes qu'ils ont dans le Maquis...", me dit en soupirant un jeune combattant, un beau garçon aux yeux bleus. On se bat toujours au Panthéon, dans toutes ces petites rues anciennes, à la mairie du VI°, dans ma rue de Seine, rue Mazarine, rue Jacob. Etrange floraison si soudaine de guerres! On se bat avenue de Messine, au Grand Palais. 
J'écris ces lignes, à la fenêtre, chez Nana. Pourquoi? Dieu seul le sait? Est-ce ma broderie à moi, mon évasion, comme pour ma mère? Pourquoi ai-je tenu ces carnets dispersés, cachés un peu partout, parfois notant à la diable, d'autres fois écrivant très longuement, où j'évoque naïvement ce que j'ai ressenti à travers les évènements, mes refuges, mes voyages, mes angoisses de l'aube, mes nuits sans sommeil? Pourquoi ces vaines paroles? Pour qui? 

Excellente idée que celle de cette réédition.
Dans sa préface, Pierre Assouline dit que la première édition, en 1957, avait été un rendez-vous manqué
... ce n'était pas le moment. Trop tôt. 
Une dizaine d'années après la guerre, on ne pouvait pas tout dire parce qu'on ne pouvait pas tout entendre. 
Et il explique pourquoi - dans ce livre, la préface, courte, mérite aussi d'être lue. 
Au delà, deux parties. La première et la plus importante est le journal tenu par Jacqueline Amar entre le 18 juillet et le 25 août 44. Ensuite viennent plusieurs articles publiés dans le Bulletin du service central des déportés israélites, entre octobre 44 et juin 46, non moins intéressants. 
La période durant laquelle Jacqueline Amar tient son journal est celle où son mari lui est enlevé. La première phrase en est: 
André n'est pas rentré cette nuit
André Amar était à une réunion d'un réseau de résistance juive, il s'est fait arrêter. 
S'ensuit l'attente, la quête d'informations: où est-il, que va-t-il lui arriver? Elle est seule avec leur fille de dix ans, elle s'inquiète - pour elle, pour ses proches, plus encore pour son mari. Elle se cache et cache sa fille, ses parents se cachent, elle nous raconte sa vie quotidienne, évoque les souvenirs de sa vie d'avant, la lente montée du cauchemar, la toute aussi lente prise de conscience de ce qui se passait, l'absence de solidarité des débuts, les réactions de ceux qui ne se pensaient pas concernés, qui croyaient être protégés par... leur fortune, leurs relations, leur ancienneté sur le territoire... et ont laissé faire pour "les autres".
Tant la situation de cette femme, que sa manière de la vivre, les souvenirs qu'elle évoque librement et la force de son parler vrai, tout dans sa manière d'écrire, nous touche au plus profond. Elle a véritablement le talent de nous emmener avec elle dans Paris à vélo, de nous mettre à la fenêtre, de nous faire prendre part à ses conversations, nous communiquer ses angoisses, nous faire voir par ses yeux... 
Compte tenu du sujet et du contexte, ce livre est évidemment bouleversant et il n'est pas de ceux que l'on referme et pose pour aussitôt ouvrir le suivant. 

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