Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
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dimanche 22 avril 2012

Toucher sans toucher et vice versa

Les contours des montagnes. Les étoiles. Des lumières scintillant aux fenêtres. Un feu tricolore un peu timbré qui change de couleur dans le vide. Des aboiements de chiens, au loin, et un léger remugle d'égout. Pourquoi l'écrire? Ils existeront toujours, que tu l'écrives ou non, en ta présence ou en ton absence. On en revient aux questions fondamentales figurant au début: qu'est-ce qui te pousse à écrire? Et pourquoi de cette manière? Tes textes servent-ils à la société, à l'Etat, ou contribuent-ils à approfondir les valeurs morales? Qui ambitionnes-tu d'influencer? Ecris-tu pour la gloire? Ou pour l'argent? 
A seize ou dix-sept ans, l'âge du jeune poète Youval Dotan, l'auteur s'enfermait, la nuit, dans un entrepôt désert où il couchait sur le papier des histoires sans queue ni tête. Il écrivait, rêvait, ou se masturbait de la même façon: par contrainte, enthousiasme, désespoir, dégoût et douleur. A l'époque, il s'acharnait à comprendre pourquoi, souvent, sans raison, les hommes se font du mal, à autrui ou à eux-mêmes. 
Aujourd'hui, sa curiosité est toujours aussi vive, mais il ne supporte plus le contact physique avec des inconnus, même le frôlement occasionnel d'une main sur son épaule. Il lui répugne de respirer l'air respiré par d'autres poumons. Mais il continue d'écrire sur les gens pour les toucher sans les toucher et vice versa. 


Amos Oz nous offre avec ce Vie et mort en quatre rimes une magistrale leçon d'écriture, et pas seulement dans l'extrait cité, choisi un peu arbitrairement, compte tenu de la richesse du texte sur le sujet... Le passage qui suit immédiatement aurait d'ailleurs été tout aussi savoureux et fourni une toute autre réponse...comme d'autres encore au sein du livre. Sa conclusion, en particulier. 
C'est en effet la totalité du livre qui porte sur cette question, de manière plus ou moins détournée. Le narrateur, clonant jusqu'à un certain point l'auteur, participe à une soirée donnée en son honneur. Il écoute quelqu'un introduire à son œuvre et faire son éloge, entend lire des extraits de ses textes, répond aux questions du public, lesquelles tournent autour de l'écriture, son écriture, ses motivations, son message...
Par moments son esprit s'évade, il observe les gens qui l'entoure, leur invente des vies, repense à la sienne... C'est d'ailleurs ce qu'il a fait avant la soirée au lieu de la préparer, c'est ce qu'il fera ensuite, en repartant, dans les rues de la ville, sans qu'on sache toujours quelles parties de sa balade nocturne sont réelles ou fantasmées, ce qui relève de l'imagination de l'écrivain et ce qui a pu véritablement prolonger la soirée... 
C'est là, dans ces histoires entremêlées, où le narrateur va jusqu'à offrir plusieurs versions alternatives de la même histoire, parfois, envisage plusieurs scénarios, qu'on prend une véritable leçon d'écriture, l'écrivain nous montrant comment fonctionne son imagination, en quelque sorte in vivo... Il nous fournit d'ailleurs à la fin la liste de ses personnages - inoubliables, en particulier le poète de Vie et mort, tellement attachant... mais tous le sont, chacun à sa manière. Et il nous permet de resituer chacun, à l'aide d'une petite fiche signalétique, du type de celle que l'on recommande de construire aux écrivants. Pas un manuel au sens rébarbatif du terme, ni même un tant soit peu studieux, mais presque un livre d'exercices, donc! Sauf que la démarche est autrement élégante.... 
Non seulement ce livre se lit très agréablement mais il est très... comment dire? Efficace. Est-ce volontaire? Difficile à dire. Si oui, il faut ajouter à efficace le mot généreux. 


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Ecrire, pourquoi pas? Et si vous commenciez par écrire ici...? Vous pouvez dire ce que vous pensez du livre si vous l'avez lu, ou bien de l'extrait cité... C'est à vous!

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