Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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mercredi 24 août 2011

Ecrire pour séduire

J'ai longtemps vécu au-dessus, très au-dessus, de ma ceinture. Ne prends pas ce sourire incrédule, c'est parfaitement vrai. Ca ne m'intéressait pas, le sexe, les aventures. J'écrivais des livres, non pas que cette activité puisse satisfaire sexuellement, mais disons que le sexe était devenu un luxe dont je pouvais me passer. Je vivais comme un moine, j'avais presque oublié qu'il existait des femmes, qu'il existait l'amour, et que tout ça était plutôt naturel. Mes raopports avec les femmes n'ont jamais été naturels. Quand j'étais jeune, mon incapacité à séduire me rendait repoussant. On appréciait chez moi d'autres valeurs, l'amitié, la loyauté, et quand par miracle une fille me plaisait, elle prenait pour une perversion le moindre signe amoureux de ma part. Elle trouvait déviant qu'un type comme moi puisse avoir quelque chose entre les jambes, et pis, vouloir s'en servir. Je devais lui faire l'impression d'un curé en porte-jarretelles, d'un exhibitionniste, quelqu'un d'immonde, à la sexualité désaxée. Je ne sais pas où elle allait chercher ça... A force d'échecs, je me suis mis à écrire des livres pour séduire et, bizarrement, ce métier qui était censé m'apporter sur un plateau la gloire sexuelle m'a complètement coupé l'envie ne serait-ce que d'avoir une vie sexuelle. Pendant les deux ans d'écriture de mon premier roman, pas une seule petite culotte n'a passé dans ma vie. Rien. Pour moi, toutes les femmes étaient en col roulé, et jamais il ne me serait venu à l'idée de les déshabiller, même en pensée. Elles étaient là, moi j'étais ailleurs, dans un roman sur les guerres puniques, qui n'en finissait pas.


L'homme qui parle est écrivain. Il raconte à sa jeune épouse son laborieux début de carrière - professionnelle et sentimentale. Ce récit ouvre leur nuit de noces qui n'est, à tout prendre, pas plus étrange que la journée qui l'a précédée ou le couple qu'ils forment...
En plus du plaisir qu'on éprouve à lire la nouvelle, on peut y trouver (au moins au second degré!) de quoi nourrir l'inépuisable thème des rapports entre le sexe et l'écriture ou plutôt, en l'occurrence, entre le sexe et la notoriété et, par ricochet, entre la notoriété et l'écriture, de même qu'entre la notoriété et l'équilibre psychique.
Dans un court recueil d'une centaine de pages, Astrid Eliard nous offre six nuits de noces un peu surprenantes, chacune à sa manière. Des personnages singuliers mais des questions qui touchent tout le monde, à savourer tranquillement.

"Plus bleu que le bleu de tes yeux"
Astrid Eliard

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