Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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vendredi 13 janvier 2012

A la fin, il ne reste que le couteau

"Je fais parfois ce rêve", dit le jeune homme dans son fauteuil roulant. Sa voix était chargée d'étranges échos, comme si elle sortait d'une fosse profonde. "Il y a un couteau planté de travers, dans la partie souple de ma tête, là où résident les souvenirs. Il est enfoncé profondément à l'intérieur. Cela ne me fait pas spécialement mal. Je n'en sens pas le poids non plus. Simplement, il est là, planté dans ma tête. Je me tiens à part et j'observe la scène comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre. J'aimerais que quelqu'un retire ce couteau. Mais personne ne sait que j'ai un couteau fiché dans le cerveau. Je voudrais pouvoir l'enlever moi-même mais je ne parviens pas à ce que mes mains atteignent l'intérieur de ma tête. C'est extrêmement bizarre. J'ai pu me poignarder mais je suis incapable de retirer le couteau. Ensuite tout commence à disparaître. Moi aussi, je me mets à m'estomper. A la fin, il ne reste que le couteau. Le couteau est là jusqu'au bout. Comme les os d'un animal préhistorique sur une plage. Voilà mon rêve." 

Un livre est-il tout ce qui reste d'un souvenir, comme les os d'un animal préhistorique sur une plage? Peut-être... Parfois...Et que reste-t-il d'un souvenir au fur et à mesure qu'on s'éloigne de l'évènement? Le couteau? Autrement dit pas tant la blessure elle-même que l'arme qui a provoqué la blessure...? A la fin, il ne reste que le couteau...
Dans ce recueil de Haruki Murakami, les flashes, les instants de vie saisis sur le vif et croqués dans toute leur réalité, alternent avec des bribes de rêves et des incursions dans d'autres pans de réalité... Les souvenirs ont une grande importance, ils nourrissent le présent, ils forgent les individus et leur histoire, ils déterminent leur trajectoire. A plusieurs reprises, l'auteur établit des liens entre souvenirs et écriture. Dans l'une des nouvelles, il va jusqu'à prendre la parole et revendiquer une démarche autobiographique:

Le "je" dont il est question ici fait référence à l'auteur de ce texte. Autrement dit, à moi, Haruki Murakami. J'utilise la plupart du temps un narrateur qui parle à la troisième personne, mais maintenant, au tout début de cette nouvelle, celui-ci se dévoile. (...)
(...) Pour quelle raison ai-je décidé d'adopter ce mode de narration? Parce qu'il est préférable, j'en suis certaine, de raconter directement un certain nombre d'évènements qui me sont arrivés et que l'on qualifie d'"étranges". En fait, ces incidents bizarres ont été assez fréquents. Quelques uns ont revêtu une signification non négligeable et, d'une manière ou d'une autre, ils ont exercé sur ma vie une certaine influence. D'autres sont tout à fait anodins. Leur répercussion sur moi a été nulle, je pense. Enfin, je l'imagine. 

Le bizarre et l'étrange sont omniprésents dans le recueil. La nouvelle qui démarre par les paragraphes précédents s'appelle "Hasard, hasard" et elle développe l'idée d'un lien qui relie les évènements et les personnes - idée qui traverse le recueil.
Il en va de même de la notion qu'il existerait plusieurs niveaux de réalité, des mondes parallèles, en quelque sorte, sans qu'il s'agisse pour autant de science fiction au sens habituel du terme - des mondes de l'esprit (est-ce que cela a à voir avec certains des aspects traités dans l'ouvrage de Siri Husvedt?).
On se perd aussi souvent dans les méandres de la pensée des personnages, dans la richesse de l'exposé de leurs sentiments - s'agit-il d'analyse? Plutôt de ressenti, de l'instant...
Le recueil comporte plusieurs passages sur l'écriture, directement ou métaphoriquement. La nouvelle "L'histoire d'une tante pauvre" est particulièrement intéressante à cet égard, explorant la question de l'idée qui s'impose à l'auteur, ne le quitte plus, et nous faisant entrevoir au moment où elle le quitte ce que sans doute, un jour, il en fera.
Le recueil comporte vingt-trois nouvelles, de format inégal et d'inspiration diverse. Elles sont toutes assez troublantes, mais pour des raisons qui peuvent être très différentes. L'étrangeté de certaines des histoires relève du quotidien alors que dans d'autres cas, il s'agit d'onirisme, voire de fantastique - et parfois on bascule d'une situation à l'autre, ainsi dans le cas des grèbes... On peut aussi se retrouver dans une fable, face à un singe qui fait office de psy tandis que le psy a, lui, fait la chasse au singe...
Quoi qu'il en soit, difficile de ne pas tomber sous le charme. On lit ces nouvelles une par une, en prenant le temps de chacune d'elles avant de passer à la suivante.

"Le couteau de chasse"

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