Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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samedi 17 décembre 2011

Pour ton salut

- Les livres du séminaire de Iasi ont tous été saisis et brûlés, reprit Ilie. Nous avions là-bas une petite imprimerie clandestine qui nous permettait de diffuser les livres interdits par la censure. La Securitate a tout détruit. Désormais nous n'avons plus qu'un seul moyen de communiquer. 
Le prêtre plaça un cahier devant Victor et ajouta: 
- Nous devions recopier les ouvrages, un par un, à la main, afin de les diffuser aux fidèles. Certains collectent le papier, d'autres les flacons d'encre. Nous avons des copistes et des volontaires qui distribuent les cahiers. C'est notre manière à nous de résister. Voilà, mon frère, la pénitence que je te demande. Je respecte ton choix de ne pas vouloir te livrer à un pouvoir athée. Mais dans ta réclusion volontaire, je te demande de nous aider dans cette œuvre. Tu écriras, Victor. Le jour, la nuit, à t'en tordre les doigts de douleur, tu écriras. Pour ton salut... 
- Vous pouvez me faire confiance, répondit Victor, je m'appliquerai. 
Puis le prêtre se tourna vers Ana et Eugenia et leur dit: 
- Si nous sommes découverts, nous périrons tous. Avez-vous conscience de votre engagement?

Dans ce roman à l'atmosphère étrange, celle de la Moldavie de la deuxième moitié du vingtième siècle, celui qui écrit pose un acte de résistance, même s'il écrit comme un copiste et non comme un écrivain. Il n'empêche - l'histoire comporte aussi l'écriture d'un livre, pas seulement leur recopie et leur distribution.
Folies et envoûtements, légendes ancestrales, foi religieuse et zèle communiste entremêlés pèsent sur les âmes et les corps. Liliana Lazar brosse le tableau d'une société oppressante où victime et bourreau se confondent parfois, où l'imposteur n'est pas forcément celui qu'on croit...
Un roman très fort - et qui plus est, un premier roman. Etonnant.

Liliana Lazar
Terre des affranchis
Gaïa éditions 2009, Actes Sud, Babel
Illustration de couverture: Miriam Escofet, The Witching Hour, 2008 

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