Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
Merci de votre visite et bonne lecture!

dimanche 14 avril 2013

Je suis un écouteur

Je suis un écouteur. 
(...) 
Vous m'avez croisé un jour ou l'autre, à coup sûr. 
Mais si, réfléchissez: n'avez-vous jamais remarqué, alors que vous êtes assis à une table de restaurant, un homme seul, assis face à son assiette, ne feignant même pas d'attendre quelqu'un, mastiquant consciencieusement son repas, le regard inévitablement perdu dans le vague, ne s'arrêtant nulle part et surtout pas sur vous? 
Cet homme, c'est moi. Régulièrement, je le sais - et parfois je vous entends - vous vous interrogez sur ma présence, ou même, pour les plus empathiques d'entre vous, sur ma vie: «Tu as vu ce type tout seul? 
- Ce doit être triste... 
- Moi, je ne dîne jamais seul... 
- Parle moins fort: peut-être nous écoute-t-il!» 
Vous avez souvent raison. 
Je suis seul et je vous écoute. 
Mais ce n'est pas par dépit et, non, ce n'est pas triste! Depuis 30 ans maintenant, je passe tous mes repas au restaurant. Dans les brasseries, plus exactement. J'aime cette ambiance populaire, populeuse pourrais-je dire parfois; l'impression que cette foule qui m'entoure me protège sans m'envahir, me rassure en me faisant croire que je ne suis pas seul, mais sans violer mon intimité ni déborder sur mon espace vital. 
Et j'ai besoin de vous qui m'entourez. 

Difficile de démarrer la lecture de cette nouvelle sans penser à l'interview d'une célèbre faiseuse de best-sellers qui à la sortie d'un de ses livres avait déclaré qu'elle faisait son miel de toutes les conversations glanées dans les cafés - que le lecteur retrouvait ensuite telles quelles dans ses livres. 
L'écouteur d'Emmanuelle Cart-Tanneur est-il un écrivain? Est-ce là le thème de cette nouvelle? 
En arrière-plan, pourquoi pas... car comme l'écrivain, l'écouteur part d'un rien mais ce qu'il cherche, c'est la faille, le point de bascule, ce moment où la vie va bifurquer, sans retour possible. Et quand il pense avoir trouvé l'objet de sa quête, quel régal - mais non, il n'écrit pas... c'est Emmanuelle Cart-Tanneur qui le fait (dans toutes sortes d'endroits!) et c'est elle qu'il vous faudra lire pour savoir ce que l'écouteur fait de ses trouvailles - vous ne serez pas déçus.  
Dans le recueil qui contient cette nouvelle, Et dans ses veines coulait la sève, d'autres textes évoquent l'écriture, dont certains en lien avec la peinture. Dans trois d'entre eux, le monde réel finit par se confondre avec celui de la peinture - et l'écriture, alors? La métaphore est omniprésente. 
Emmanuelle Cart-Tanneur maîtrise l'art de la chute et comme son écouteur, cultive la question de la bifurcation fatale, traque dans les vies des autres le détail qui va faire que... Les nouvelles sont variées et ne plairont sans doute pas à tous les publics au même degré: fantastiques, réalistes - au réalisme parfois discutable (ainsi on a le droit de penser que les curés de paroisse ont le cuir plus dur que celui que l'auteur leur prête, mais c'est vraiment là affaire de détail), plus ou moins noires. Il n'en reste pas moins que la lecture de ce recueil est vraiment agréable tant grâce à la surprise, constamment renouvelée, qu'à l'écriture enlevée. Chaque nouvelle a d'ailleurs été primée à l'occasion d'un concours et on peut en trouver des traces ici et . On peut également se faire une idée de ce qu'écrit l'auteur ici - un plaisir qui ne se dément pas. Et auquel on peut se livrer tranquillement: le nouveau blog prend tranquillement de l'épaisseur... (seul défaut: sympa la photo, mais c'est la même que celle de Bernard Palayret - ça doit vouloir dire qu'on peut trouver plus personnel...). 
Dernière remarque: l'éditeur (dont le site est sympathique et séduisant) pratique une vraie différence entre le prix du livre papier et celui du livre numérique, c'est agréable et loin d'être systématique. A saluer, ainsi que la formule originale de lecture en ligne.  

L'écouteur, 

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