Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
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dimanche 27 mars 2011

Parce qu'ils ne peuvent pas comprendre

16 février 1918
...
J'écris à ma sœur. Il n'y a rien de vrai là-dedans, de profondément vrai. C'est le côté extérieur, pittoresque de la guerre que je décris, une guerre d'amateurs à laquelle je ne serais pas mêlé. Pourquoi ce ton de dilettante, cette fausse assurance qui est à l'opposé de nos vraies pensées? Parce qu'ils ne peuvent pas comprendre. Nous rédigeons pour l'arrière une correspondance pleine de mensonges qui "font bien". Nous leur racontons leur guerre, celle qui leur donnera satisfaction, et nous gardons la nôtre secrète. Nous savons que nos lettres sont destinées à être lues au café, entre pères qui se disent: "Nos sacrés bougres ne s'en font pas! - Bah! Ils ont la meilleure part. Si nous avions leur âge..." A toutes les concessions que nous avons déjà consenties à la guerre, nous ajoutons celle de notre sincérité. Notre sacrifice ne pouvant être estimé à son prix, nous alimentons la légende, en ricanant. Moi comme les autres, et les autres comme moi... 

Ecrit-on en fonction de son lecteur...? 
Sans doute. On n'écrit pas de la même manière une lettre à un membre de la famille, un journal intime, un témoignage, un roman... 
Gabriel Chevallier offre avec La peur le formidable témoignage de Jean Dartemont, mobilisé en 1914 (alors qu'il était un tout jeune homme, comme l'auteur) et traversant la guerre de 1914-18 en tant que soldat de seconde classe. De cette drôle de guerre, il raconte tout, de la vermine qui lui mange le corps aux effluves des tranchées, de ses premiers cadavres aux corps amochés, de la déflagration des obus aux brèves phases de répit à l'hôpital du front ou parfois comme "embusqué"... Et surtout, il dit la peur qui prend aux tripes, l'absurdité qu'il y a à vouloir tuer son semblable, il dit ce que vit le troupier, ce qu'il perçoit de l'arbitraire des décisions qui font de lui un pion dans un jeu qui le dépasse... La vie des tranchées, vue de l'intérieur, un livre dont on ne sort pas indemme, au ton et au propos étonnamment modernes - bien qu'il ait été publié pour la première fois en 1930. 
A noter que Gabriel Chevallier est plus connu pour Clochemerle, ouvrage d'un genre quelque peu différent... 


1 commentaire:

  1. J'ai grandi dans l'Aisne, près du Chemin des Dames. Le cimetière militaire, les champs s'étalant à l'horizon, la Grotte des Dragons, où l'on se tuait dans le noir. La cathédrale en ruine. Dans mon imaginaire d'enfant, la guerre 14 était l'horreur absolue. Et pourtant, au coeur de cette humanité en décomposition, toujours des hommes debout. L'héroïsme, c'est de rester humain.
    J'ai lu sur la même période "Le Boucher des Hurlus" de Jean Amila.
    Merci pour ce blog
    CL

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