Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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samedi 12 septembre 2009

Donner des vies


Mes parents étaient remarquables, quoique très différents l'un de l'autre. Leur seul point commun était leur énergie. Tous deux furent dévastés par la Première Guerre Mondiale. Après avoir eu une jambe fracassée par un obus, mon père dut porter une prothèse en bois. Il ne se remit jamais de l'expérience des tranchées. Quand il mourut, à soixante-deux ans, c'était un vieillard. Sur son certificat de décès, il aurait fallu inscrire comme cause de la mort: la Grande Guerre. Le grand amour de ma mère, un médecin, se noya dans la Manche. Elle ne se remit jamais de cette perte. J'ai tenté de leur donner des vies qui auraient pu être les leurs s'il n'y avait pas eu la guerre.
(...)
Si je pouvais rencontrer à présent Alfred Tayler et Emily McVeagh tels que je les ai fait vivre par écrit, tels qu'ils auraient été si la Grande Guerre n'avait pas eu lieu, j'espère qu'ils approuveraient l'existence que je leur ai donnée.


Tout est dit dans le premier et le dernier paragraphe de l'avant-propos - ce qui ne veut pas dire que ce ne serait pas une erreur de se dispenser de la suite!
Alfred et Emily sont les parents de Doris Lessing, qui fait là oeuvre de mémoire d'une manière particulière, mêlant fiction et réalité d'une façon tout à fait originale. La première partie du livre est fictionnelle, la seconde fournit des clefs et rassemble des souvenirs - des vrais souvenirs. On y apprend que l'auteur tient son talent de conteuse de sa mère et, d'une certaine manière sans doute, son féminisme. Son énergie vient des deux mais peut-être plus encore de son père, cet homme qui, dans la deuxième partie de sa vie, a fait avec une seule jambe aussi bien que ceux qui en avaient deux, qu'il s'agisse de descendre dans un puits de mine ou d'escarper une montagne.
Comme bien d'autres l'ont fait et le feront, l'auteur réécrit aussi sa vie à travers celle de ses parents. Et comme elle le dit dans l'avant-propos, elle leur "donne" une vie: une parmi d'autres qui auraient été possibles, une parmi cette infinité de vies qui constituent nos possibles à tous quand nous sommes jeunes et dont le choix se restreint à chaque fois que le train de nos vie passe un aiguillage... Parmi toutes ces vies possibles, elle a eu à en choisir une, laquelle? Elle dit se fonder à la fois sur le probable et le souhaitable quant aux choix qu'elle fait, choix de carrières, choix de partenaires... bref, elle quitte l'autobiographie et fait oeuvre d'écrivain. Et pourtant la "vraie" vie ne s'efface jamais tout à fait puisque Doris Lessing va jusqu'à nous offrir de vieilles photos de ses parents, héros en chair et en os de cette fiction qui n'en est une qu'à moitié... L'hommage est touchant, tout comme le cadeau qu'elle nous fait: une tranche de vie et une leçon d'écriture.
La particularité de ce livre, celle qui en fait un objet tout à fait particulier à la fois sur le plan de l'émotion et de la réflexion, réside dans le fait que le projet de "fiction (non) autobiographique" est complètement explicité et que l'auteur va jusqu'à nous en fournir les clefs au sein du même volume.

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