Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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dimanche 30 août 2009

Convertir en mots ce que m'apporte chaque jour


- L'année de mes treize ans, ma famille a déménagé pour venir s'installer au nord de votre quartier (...)
- Alors?
- Alors pendant des heures, des jours, des mois, des années, je n'ai cessé de vous épier, de vous espérer, de vous désirer. (...) Que je vous ai aimée alors! (...)
- Et...
- Et le temps a passé... et rien ne s'est passé. Le bac réussi, on ne vous a plus revue à la piscine. J'ai eu bien du mal à réorganiser ma vie amoureuse, vous étiez si présente en moi, si idéale. Peut-être même avais-je pris la redoutable habitude de préférer l'imaginaire à la réalité, peut-être même aurais-je pu devenir une sorte de pervers scopique... Mais la vie en a décidé autrement et finalement j'ai pu aimer ailleurs... quelquefois.
Pourtant la réserve d'images qui vous concerne est restée intacte et je pourrais encore sans efforts vous dépeindre comme vous étiez en mille circonstances, comme vous étiez, il y a quarante-cinq ans. Ma réserve s'est bien sûr enrichie d'autres histoires dans lesquelles je puise maintenant sans vergogne pour écrire ces livres que vous semblez aimer. Mais le plus précieux, ce n'est pas ma photothèque, c'est ce merveilleux outil à voir la beauté des femmes que j'ai dû construire grâce à vous. Vous voyez, malgré mon âge, il fonctionne sans une ride. Je peux maintenant toujours en proie aux émotions mais serein, recevoir ce que m'apporte chaque jour de plus passionnant et de plus merveilleux et le convertir en mots. Voilà une façon de devenir écrivain.


Est-ce de cette manière que Christian Watremez est devenu écrivain? La nouvelle, au titre joliment nostalgique ('Le temps des cerises'), ne le dit pas mais elle fait rêver. Le narrateur retrouve, en amenant sa petite-fille à une boum, la femme qui suscita ses premiers émois et il lui fait cette merveilleuse déclaration. Les protagonistes pourraient se dire qu'ils sont passés à côté de leur vie, l'un d'entre eux tout au moins, mais non: le narrateur sait qu'il a fait quelque chose de cette histoire et elle, elle la découvre avec beaucoup de plaisir.
La Vacherie est, paraît-il, un petit village du Vercors, cette belle région où vit l'auteur et qui l'inspire. C'est aussi à présent un recueil de douze nouvelles, toutes attachantes, par l'écriture, par le récit mais aussi par la balade dans ces paysages de bout du monde. La nouvelle éponyme, la dernière du recueil, une histoire d'adolescence, est sans doute l'une des plus émouvantes. Elle porte aussi, entre autres, sur le thème du "pourquoi écrire?". Sa dernière phrase signe en quelque sorte le recueil - tout au moins peut-on la lire de cette manière. Elle ne fera pourtant pas l'objet d'un article ici, ce serait dommage: au lecteur d'y arriver doucement... en savourant le plaisir de la randonnée qui précède!

"Le temps des cerises"

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