Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
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dimanche 4 octobre 2009

Quand j’écris, je peux être humain

Nous autres écrivains, nous traversons des périodes de désespoir et des périodes d'’autodénigrement. Notre travail consiste foncièrement à déconstruire la personnalité, à déjouer les plus savants mécanismes de défense de l’'être humain. Nous prenons délibérément pour matériau les aspects les plus laids, les plus âpres, les plus crus et les plus nus de l’'âme humaine. Notre travail nous amène régulièrement à reconnaître nos propres insuffisances, en tant qu'humains, en tant qu’'artistes.

Et pourtant, et c’'est là le grand mystère, la grande alchimie de notre geste: en un sens, dès l'’instant où nous prenons la plume, où nous posons les doigts sur le clavier, nous cessons d'’être la victime sans défense de tout ce qui pouvait nous asservir et nous diminuer avant que nous commencions à écrire. Nous ne sommes plus victimes, ni de notre situation ni de nos angoisses intimes; ni du «récit officiel» de notre pays, ni même du destin.
Nous écrivons. Le monde ne se referme pas sur nous. Quelle chance nous avons! Le monde ne devient pas plus étroit.

Cet extrait n'est pas issu d'un roman ou d'une nouvelle, mais d'un article intitulé "Pourquoi j'écris encore"; il porte sur les raisons d'écrire dans un monde violent, qui confronte à la guerre et à la souffrance, collective et personnelle. Il explique en quoi l'écriture, par la réappropriation du langage et de la pensée à laquelle elle oblige et qu'elle permet, rend l'auteur à l'humanité et à sa liberté d'être humain. La dernière phrase de l'extrait ci-dessus, sur le monde qui ne se referme pas sur nous, cette phrase qui termine l'article, renvoie à la "Petite fable" de Kafka, qu'il évoque au début de son texte.

Et aussitôt me reviennent en mémoire les paroles de la souris dans la «Petite Fable» de Kafka, alors que le piège se referme sur elle et que le chat rôde dans les parages: «Hélas, le monde devient plus étroit chaque jour.»
Or, moi qui vis depuis des années la réalité violente et extrême d’un conflit politique, militaire et religieux, je puis vous affirmer, hélas, que la souris avait raison: chaque jour qui passe, le monde devient effectivement plus étroit, plus réduit.

David Grossman écrit pour que le monde ne devienne pas plus étroit...

Pen Conference, avril 2007
Traduit de l'anglais par Serge Chauvin

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