Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
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vendredi 23 avril 2010

Quelqu'un fera un jour la même chose pour moi

Et Rosalie? Elle longe la rue à grands pas, encore ivre de joie, et il me semble, l'espace d'un instant, que j'ai bien agi, que la grâce est ce qu'il y a de plus haut et qu'une histoire de moins n'est pas une affaire. Mais en même temps, je ne peux le nier, je nourris l'espoir absurde que quelqu'un fera un jour la même chose pour moi. Car comme Rosalie, je n'arrive pas non plus à m'imaginer que je ne suis rien sans l'attention d'un autre et que mon existence à demi-réelle cesse dès que celui-ci détache son regard de moi - de même que maintenant, au moment où je quitte définitivement cette histoire, l'existence de Rosalie s'éteint. D'une seconde à l'autre. Sans agonie, douleur ni transition. A l'instant encore c'était une jeune femme bizarrement vêtue et frappée de stupeur, à présent ce n'est plus qu'une ondulation dans l'air, un son qui se maintient quelques secondes, un souvenir pâlissant dans ma mémoire et dans la vôtre, tandis que vous lisez ce paragraphe. 


Qui parle? Daniel Kehlmann ou Léo Richter? Léo Richter, certainement, qui se remémore cette nouvelle ("Rosalie s'en va mourir") dans une autre, située plus loin dans le livre, et qui, dans une autre encore, croise l'un de ses lecteurs, Mollwitz, un fan un peu trop enthousiaste, qui adore tout ce qu'écrit Richter, mais qui dit avoir moins apprécié cette histoire-là. 
La couverture de Gloire présente le livre comme un "roman en neuf histoires". Il s'agit en fait de nouvelles entrecroisées plus que d'un roman et même si la structure de l'ouvrage est celle du roman par nouvelles à la manière de certains des livres de Paul Fournel, il tient sans doute plus du recueil de nouvelles que du roman. On peut même se poser la question de savoir s'il n'aurait pas mieux valu le présenter de cette manière, réservant ainsi la surprise au lecteur de retrouver des "têtes connues" au fur et à mesure de sa lecture... 
Quoi qu'il en soit, ce livre peut se voir comme une longue réflexion sur le travail de l'écrivain en tant que créateur: un dieu en quelque sorte, mais quel genre de dieu - dans un univers où chaque personnage est à la fois une marionnette et un dieu, plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement... 
Chacune des histoires de Daniel Kehlmann est un régal et le côté puzzle de l'ensemble ajoute au plaisir. L'idée des fils entrecroisés qui tissent le destin est, semble-t-il, chère à l'auteur: ne fonde-t-elle pas aussi, quoi que d'une manière tout à fait différente, le fabuleux récit offert dans Les arpenteurs du monde

Rosalie s'en va mourir 
Actes Sud 2009, Babel
Illustration de la couverture: John Currin, Gagosian Gallery 

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