Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
Associés à cette chronique, deux blogs annexes: "blogorrhée", pour pouvoir parler en sortant du cadre - éventuellement; et "mes textes", au cas où. On y accède par la bande horizontale du haut (même page) ou par le sommaire, à droite (nouvelle page).
Merci de votre visite et bonne lecture!

vendredi 3 juillet 2009

Echapper à la perspective limitée d'un moi individuel

Peut-être objectera-t-on que plus l'oeuvre tend à multiplier les possibles, plus elle s'éloigne de cet unicum qu'est le self de qui écrit, la sincérité intérieure, la découverte de sa vérité. Bien au contraire, répondrai-je: qui sommes-nous, qu'est chacun de nous, sinon une combinaison d'expériences, d'informations, de lectures, de rêveries? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d'objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles.
Mais peut-être tiendrai-je à répondre d'une autre manière: en appelant de mes voeux une oeuvre conçue hors du self, une oeuvre qui nous permette d'échapper à la perspective limitée d'un moi individuel, non seulement pour accéder à d'autres moi semblables au nôtre, mais pour donner la parole à ce qui ne parle pas, l'oiseau posé sur la gouttière, l'arbre au printemps et l'arbre en automne, la pierre, le béton, le plastique...


Ce paragraphe est l'avant-dernier du chapitre final de l'ouvrage posthume d'Italo Calvino, Leçons américaines - aide-mémoire pour le millénaire, chapitre intitulé "Multiplicité", lors duquel Italo Calvino fait l'apologie du roman conçu comme un réseau - et, dans cet esprit, de Georges Pérec et de son "hyper-roman", La vie mode d'emploi (1978), d'après lui "le dernier grand évènement dans l'histoire du roman". Comme Pérec, Calvino appartenait à l'OuLiPo, l'ouvroir de littérature potentielle fondé par Raymond Queneau.
"Multiplicité" est l'avant-dernière conférence d'un cycle de six, prononcées par l'auteur à l'université d'Harvard et la dernière des cinq qui ont été publiées. Leurs titres, dans l'ordre: légèreté, rapidité, exactitude, visibilité, multiplicité.
Le dernier paragraphe de "Visibilité" rejoint à certains égards la citation précédente.

Quoi qu'il en soit, "réalités" et "fantastiqueries" ne peuvent prendre forme que par l'écriture, en laquelle il apparaît que l'extériorité et l'intériorité, le monde et le moi, l'expérience et l'imagination se composent de la même matière verbale; ce que voient les yeux, ce que voit l'âme, toutes ces visions polymorphes viennent s'insérer dans des lignes uniformes de caractères minuscules ou majuscules, de points, de virgules, de parenthèses; des pages entières de signes, alignés côte à côte comme autant de grains de sable, représentent le spectacle bariolé du monde sur une surface toujours égale et toujours changeante, pareille aux dunes que pousse le vent du désert.

La lecture de ce livre n'est pas toujours facile, l'ouvrage présente un caractère un peu encyclopédique qui peut séduire ou au contaire rebuter, c'est selon, mais quoi qu'il en soit il s'y trouve des pépites qui permettent à l'amateur non lettré de poursuivre sa lecture jusqu'au bout.

Leçons américaines - aide-mémoire pour le millénaire, 1988
Editions du Seuil, mai 2001 pour la traduction française

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Ecrire, pourquoi pas? Et si vous commenciez par écrire ici...? Vous pouvez dire ce que vous pensez du livre si vous l'avez lu, ou bien de l'extrait cité... C'est à vous!

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...