Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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jeudi 18 mars 2010

Sauver quelque chose du temps


Quand elle désirait écrire, autrefois, dans sa chambre d'étudiante, elle espérait trouver un langage inconnu qui dévoilerait des choses mystérieuses, à la manière d'une voyante. Elle imaginait aussi le livre fini comme la révélation aux autres de son être profond, un accomplissement supérieur, une gloire - que n'aurait-elle pas donné pour devenir "écrivain" de la même façon qu'enfant elle souhaitait s'endormir et se réveiller Scarlett O'Hara. Par la suite, dans des classes brutales de quarante élèves, derrière unn caddie au supermarché, sur les bancs d'un jardin public à côté d'un landau, ces rêves l'ont quittée. Il n'y avait pas de monde ineffable surgissant par magie de mots inspirés et elle n'écrirait jamais qu'à l'intérieur de sa langue, celle de tous, le seul outil avec lequel elle comptait agir sur ce qui la révoltait. Alors le livre à faire représentait un instrument de lutte. Elle n'a pas abandonné cette ambition mais plus que tout, maintenant, elle voudrait saisir la lumière qui baigne des visages désormais invisibles, des nappes chargées de nourritures évanouies, cette lumière qui était déjà là dans les récits des dimanches d'enfance et n'a cessé de se déposer sur les choses aussitôt vécues, une lumière antérieure. Sauver (...)
Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais.


Une autobiographie impersonnelle, nous dit-on en quatrième de couverture, reprenant une expression de l'auteur elle-même... Annie Ernaux dit "elle", "nous" ou "on", "aucun je", même s'il s'agit bien d'elle et de son époque (1940-2007), de sa génération. On voit les années défiler en regardant avec elle ses photos d'enfance, de famille, de vacances... et on voit resurgir des évènements oubliés, assortis des réactions qu'on a pu avoir - ou qu'ont sans doute eues les voisins... une sorte de culture commune à laquelle on adhérerait rétrospectivement, en quelque sorte, avec plus ou moins de distance selon qu'on a vécu les choses de la même manière ou différemment... "
Si l'autobiographie n'est impersonnelle que jusqu'à un certain point (il est vrai cependant que l'auteur ne se livre pas totalement, ainsi elle ne parle pas de la publication de ses livres antérieurs - peut-être pour ne pas être dans ce livre ce personnage un peu à part qu'est l'écrivain, mais un personnage plus "standard", celui d'une enseignante mère de famille, mariée puis divorcée, en quelque sorte un personnage générique de l'époque...), l'écriture, elle, est bien une écriture personnelle et la voix de l'auteur ne se perd pas dans le bruit de fond qu'elle évoque en permanence. L'exercice - si l'on peut dire: celui d'une vie - est intéressant et la démarche touchante: "c'est maintenant qu'elle doit mettre en forme par l'écriture son absence future, entreprendre ce livre, encore à l'état d'ébauche et de milliers de notes, qui double son existence depuis plus de vingt ans...". Doubler son existence, doubler le monde...
Difficile de ne pas se retrouver dans ce livre à un moment ou à un autre - a fortiori si l'on est de la génération de l'auteur. Si ce n'est pas le cas, sans doute y découvre-t-on des facettes cachées de la génération de ses parents...

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