Le principe des articles de "pourquoi j'écris": un extrait de texte en italiques, un commentaire personnel ensuite, des liens (en bleu quand ils n'ont pas été utilisés, en gris ensuite) - et la couverture du livre, quand il s'agit d'un livre (le cas le plus fréquent), ou une illustration.
A la base: l'éclectisme, revendiqué.
Du moment qu'il s'agit d'écriture - de préférence de manière métaphorique, voire subliminale...
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mercredi 28 juillet 2010

Jouer à mentir

Je jouais à mentir à ma soeur. Tout était bon pourvu que ce fût inventé.  
- J'ai un âne, lui déclarai-je. 
Pourquoi un âne? La seconde d'avant, je ne savais pas ce que j'allais dire. 
- Un vrai âne, poursuivis-je au hasard, avec un grand courage face à l'inconnu. 
- Qu'est-ce que tu racontes? finit par dire Juliette. 
- Oui, j'ai un âne. Il vit dans une prairie. Je le vois quand je vais au Petit Lac Vert. 
- Il n'y a pas de prairie. 
- C'est une prairie secrète. 
- Il est comment, ton âne? 
- Gris, avec de longues oreilles. Il s'appelle Kaniku, inventai-je. 
- Comment sais-tu qu'il s'appelle comme ça? 
- C'est moi qui lui ai donné ce nom. 
- Tu n'as pas le droit. Il n'est pas à toi. 
- Si, il est à moi. 
- Comment sais-tu qu'il est à toi et pas à quelqu'un d'autre? 
- Il me l'a dit. 
Ma soeur s'esclaffa. 
- Menteuse! Les ânes, ça ne parle pas. 
Zut. J'avais oublié ce détail. Je m'obstinai néanmoins: 
- C'est un âne magique qui parle. 
- Je ne te crois pas. 
- Tant pis pour toi, conclus-je avec hauteur. 
Je me répétai intérieurement: "La prochaine fois, je dois me rappeler que les animaux, ça ne parle pas." 
Je me lançai à nouveau: 
- J'ai un cancrelat. 
Pour des raisons qui m'échappèrent, ce mensonge-là ne produisit aucun effet. 
J'essayai une vérité, pour voir. 
- Je sais lire. 
- C'est ça. 
- C'est vrai. 
- Mais oui, mais oui. 
Bon. La vérité, ça ne marchait pas non plus. 
Sans me désespérer, je poursuivis ma quête de crédibilité: 
- J'ai trois ans. 
- Pourquoi tu mens tout le temps? 
- Je ne mens pas. J'ai trois ans. 
- Dans dix jours! 
- Oui. J'ai presque trois ans. 
- Presque, c'est pas trois ans. Tu vois, tu mens tout le temps. 
Il fallait que je me fasse à cette idée: je n'étais pas crédible. Ce n'était pas grave. Au fond, cela m'était égal, qu'on me croie ou non. Je continuerais à inventer, pour mon plaisir. 
Je me mis donc à me raconter des histoires. Moi au moins, je croyais à ce que je me disais. 

A moins de trois ans, naissance d'un écrivain? Oui s'il faut en croire ce texte, court chapitre extrait de Métaphysique des tubes, un ouvrage qu'Amélie Nothomb présente comme une autobiographie - une autobiographie surprenante puisqu'elle va de zéro à trois ans... Dans cette réinvention de la légende familiale, l'auteur évoque également les histoires de sa nounou japonaise, qu'elle traite à sa manière - unique - et dont on peut s'interroger quant au rôle qu'elles ont pu jouer dans la construction de son imaginaire. Comme toujours dans le cas d'une autobiographie, la portée de l'histoire déborde celle du récit de vie d'une personne particulière - même si la personnalité de l'auteur pourrait ici suffire à créer l'intérêt du lecteur. Ce livre parle en réalité de la petite enfance, d'une manière tout à fait spéciale, certes, mais d'autant plus efficace. 

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